Présentation du métier
Le réalisateur : rappel historique
L’expression « réalisation » liée au cinéma français est évoquée pour la première fois en 1908 dans le journal L’Illustration, puis dans Le cinéma du 29 mars 1912. Dans l’acception classique du terme, le réalisateur assure la direction d’un tournage, la mise en scène, et la direction d’acteurs. Que l’on parle de réalisateur, de metteur en scène, ou encore d’auteur de film, l’hésitation sémantique est le signe d’une incertitude qui recouvre des ambitions et des fonctions pour le moins variées. Si certains réalisateurs s’affirment avant tout comme des techniciens, d’autres en revanche revendiquent le titre d’artistes. Sa situation dépend en réalité de sa place et de son rôle dans la chaîne de fabrication du projet cinématographique. Il peut parfois détenir un pouvoir
quasi absolu sur la totalité du processus d’élaboration d’un film, comme à d’autres moments
passer au statut d’exécutant, affecté principalement à la direction du tournage.
Afin de saisir la nature et les évolutions actuelles des activités du réalisateur – dans les divers cadres de la fiction, du documentaire, du reportage, de la publicité, du film institutionnel, ou encore de l’émission télévisuelle 3 -, il semble important d’en revenir au cinéma, source première à partir de laquelle s’est constituée cette fonction.
Réalisateur, cinéaste, metteur en scène … ? Un retour aux origines
Les termes désignant ce métier furent très controversés dans les pays européens. Après les inventeurs Lumière, Georges Méliès représente le premier metteur en scène du Cinématographe occupant toutes les fonctions et donnant « l’apparence de la réalité aux rêves les plus chimériques ». Méliès, le ciné-magicien, reste avant tout un homme de la scène utilisant le film pour enrichir son spectacle. A sa suite, durant la première décennie du cinéma, les producteurs Gaumont et Pathé - bien que détachés de la scène - considèrent à leur tour le théâtre comme référent, élevant les opérateurs les plus doués au rang de directeur de la mise en scène. C’est seulement à partir de la fin des années 1910 que quelques intellectuels tenteront de
caractériser le cinéma en le dissociant volontairement du théâtre, le définissant comme un « art
nouveau » synthétisant tous les autres arts. Le poète Ricciotto Canudo, tout en créant l’expression de « 7ème art », invente le terme d’ écraniste pour désigner la fonction spécifique de metteur en scène de cinéma. Le mot ne survit que quelques mois et laisse la place au cinéaste, néologisme conçu par Louis Delluc, consolidant ainsi le rôle d’auteur et de concepteur de films. Quelles que soient ces différentes terminologies, elles recoupent classiquement en Europe une fonction directive s’exerçant sur la totalité d’une œuvre. Dans une continuité logique, avec l’arrivée de la Nouvelle Vague en 1959, la mise en scène devient un enjeu théorique : la politique des auteurs s’affirme alors derrière le réalisateur.
Aux Etats-Unis, le terme Director apparaît bien plus rapidement. Il désigne la personne qui dirige les acteurs, qui choisit les décors, et indique la place de la caméra. Le film demande beaucoup de savoir faire et par conséquent une division du travail qui s’impose dans les studios de cinéma dès les années 1910. Des techniciens différents voient le jour. Pourtant le modèle du cinéaste auteur
européen – homme orchestre - existe parallèlement aux USA à travers quelques Maîtres tels
Charlie Chaplin, David W. Griffith, ou encore Erich von Stroheim. Mais les studios
3 émision de plateau, captation de spectacle, téléréalité, retransmission sportive, etc…
hollywoodiens, échaudés par la mégalomanie onéreuse des grands cinéastes, décident d’encadrer de plus en plus rigoureusement le pouvoir du Director dès les années 1930. Ils le cantonnent alors à sa tâche initiale, celle de la mise en scène, voire parfois, à la simple direction d’acteurs. Désormais, les tâches en amont (la participation au scénario, la préparation) et en aval (le montage et ce que l’on nommera le final cut) lui échappent totalement. A travers le système des studios hollywoodiens, ce sont les producteurs qui prennent le dessus sur les réalisateurs.
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